Per Nørgård: Der göttliche Tivoli
04 April 2010
Diapason
Benoît Fauchet

Per Nørgård
La découverte de l'æuvre de l'artiste schizophrène suisse Adolf Wölfli (1864-1930) a profondément marqué l'ècriture musicale de Per Nørgård au début des années 1980. Le compositeur danois tira de ce choc esthétique plusieurs partitions, dont un opéra, Der Göttliche Tivoli (en anglais The Divine Circus), Créé à Aarhus en 1983. Un quart de siècle plus tard, les théâtres lyriques de Lubeck et Berne en présentaient une nouvelle production dont voici l'écho.
Sous-titré Idylles et catastrophes, l'ouvrage évoque, notamment à partir de textes de Wölfli, le destin d'un peintre et littérateur fou qui s'est débattu avec le réel en créant une sorte d'antimondo prallèle, celui de saint Adolphe. Comment traduire en musique cet art brut (Dubuffet dixit) et foisonnant? Déja par un instrumentarium atypique, de facture plutôt bruitiste et fantomatique - six percussions très sollicitées (au sein desquelles officie le supersoliste Kjos Sørensen), un synthétiseur, un violoncelle amplifié. Mais auissi par une ècriture vocale généreusement polyphonique, qui n'est pas sans rappeler la personnalité dèmultipliée de Wölfli. Rompant avec la série infinie qui était précédemment sa marque, Nørgård s'affranchit en apparence de toute règle, à l'image de son modèle, dont il s'inspire ègalement par le recours au collage. Les esthétiques ici sollicitées sont disparates et difficilement identifiables, même, peut faire penser cà et là à un Wolzzecks sous anti-dépresseurs. Cette vocalité volontiers euphorique sinon hystérique se résout dans la paix paradisiaque d'un Halleluja en forme de recession, terme d'une experience toujours très incarnée et vécue par ses protagonists à défaut d'avoir été d'une constant lisibilité.